École 2050

La veilleuse de la chambre s’éveilla diffusant un son de cascade en recouvrant la pièce d’un lueur bleuté qui tournait bientôt vers l’orange. L’enfant se leva aussitôt, l’alarme étant programmée à la réveiller aux heures que son métabolisme jugeait propices. Les yeux embués de sommeil, elle se dressa à tâtons dans sa chambre. Un pas, deux pas… le sommeil était encore lourd à son réveil. La porte s’ouvrit. Elle sortit. Dès que la présence humaine fut reconnu absente, la chambre se mit en veille. La fenêtre de re-oxygénation s’ouvrit. La lumière de la veilleuse s’éteignit.

Devant son bol de riz et sa soupe matinale, l’enfant se perdait dans le vague. Son cadet jaillit dans la pièce dix minutes plus tard. Son doudou entre les mains il sollicita aussitôt l’attention des plus grands car il n’aimait pas se réveiller sans la douceur d’un câlin. Sur la pointe des pieds, il se dressa vers le père. Celui-ci se pencha et reçu le bisou avant de lui en rendre un sur le front. Satisfait le cadet s’assit à table. Son père lui apporta le lait chocolaté que préconisait le calendrier de santé de la maison. Leur mère leur avait expliqué une fois, à l’occasion des fêtes, qu’à son époque, les gens mangeaient les mêmes repas. Selon les cultures, ils les partageaient plus ou moins. Mais il semblait important que tout le monde avale des plats plutôt sucrés au petit-déjeuner et au goûté, puis salés le midi et le soir. Désormais l’ultra personnalisation permettait d’échapper à la standardisation des repas. Comme ça faisait un peu plus de travail pour ceux qui cuisinaient, le secteur des plats instantanés s’étaient développés. Certain adultes préféraient tout de même garder emprise sur leurs vivres. Alors ils programmaient leur réveil une heure avant tout le logis pour préparer les plats. Ça faisait partis de l’hygiène de la maison comme leur père aimait à le dire.

Son repas finis, l’enfant se dirigea vers la salle d’étude du quartier. Parfois installé dans les bibliothèques ou dans des annexes de l’école, ces lieu servaient d’espace d’étude et d’apprentissage lorsque les enfants étaient dans leur phase de découverte des connaissances. Le rythme scolaire avait en effet bien changé. Le mouvement participatif ayant réussi à transformer la finalité de l’enseignement, les étudiants se rendaient désormais à l’école pour devenir de bons citoyens. Les connaissances étant à porté de leurs mains grâce aux internets, le rôle des enseignants avaient rapidement muté vers le facilitateur d’apprentissage. Ils ne se rendaient plus à l’école que pour vérifier leurs connaissances et leur capacité à les mettre en débats. L’espace d’enseignement avait aussi beaucoup muté. Le bâtiment scolaire s’étant disséminés en plusieurs lieux à commencer par les maisons, les annexes de quartier et les bibliothèques.

Dans les années 2030, la mutation du système scolaire avait provoqué l’abandon des études pour beaucoup d’enfants. Le bâtiment scolaire n’étant plus aussi centralisé, de nombreux enfants étaient restés perdu et finalement avaient cessé d’aller nulle part. Les tensions sociales d’alors avaient plongé toute une génération de parents au creux du désespoir. Aussi des antennes scolaires avaient fini par fleurir dans les quartiers. Les aînés des quartiers encadraient les enfants trop à la dérive et leur montraient comment faire leurs recherches de connaissance, présenter leurs idées et les confronter à celles d’autrui. Les mairies valorisèrent bientôt ces nouveaux métiers qui furent bien vite rétribués. Ainsi naquit le rôle de facilitateur qui fut intégrer dans le système scolaire.

L’enfant, elle, se mit en devoir d’étudier le processus démocratique dans le monde au vingtième siècle. C’était le sujet qu’elle avait choisi avec son amie qui allait la rejoindre dans les heures suivantes. Elles avaient décidé de s’intéresser au cas des pays séparés. Elles s’étaient répartis l’Allemagne, la Corée et le Soudan. Le sujet étant ambitieux, les filles avaient décidés de travailler depuis la salle d’étude de quartier plutôt que depuis chez elles. Là-bas, elles pouvaient demander des ressources linguistiques et trouver comment obtenir des sources fiables. Le facilitateur était polyglotte et pouvait leur expliquer comment utiliser le logiciel de traduction. Souvent il faisait aussi des initiations linguistiques au plus petit. À partir de ces initiations, les enfants choisissaient généralement une ou deux langues qu’ils étudieraient ensuite dans les cours fixes de l’école.

Son amie arriva alors que l’enfant venait d’achever sa recherche sur l’histoire du Soudan. Peut-être que les montres calendaires que les deux enfants avaient harmonisé, avait permis à l’ami de savoir à quel moment apparaître. Qu’à cela ne tienne, elles se mirent en devoir de comparer et analyser leurs recherches entrecoupant à chaque instant leurs études de ces moments de distraction auxquels aucun humain ne devrait échapper.

La montre de l’enfant émit le petit son léger et cristallin qui annonçait le départ imminent pour l’école. Elles se levèrent et partirent d’abord à la self-cantine puis dans leurs salles d’exposés. Celle-ci avait des allures d’amphithéâtre. L’espace était insonorisés et rendu cosy par son mobilier modulable. Les élèves se regroupaient  en cercle changeant et exposaient leurs idées, apportaient leurs qualités ponctuelles à un projet puis s’attachaient à leurs sujets d’étude. Ce mode de travail, rêvé par une génération de pédagogues et d’entrepreneur libertarien était devenus normalités pour cette génération qui savaient que pour se distinguer des machines serviles il fallait s’extirper de la productivité de la connaissance et devenir cet idéal de l’humain créateur et savant…