L’homme esclave

Il était une fois une troupe d’Hommes qui avaient la réputation d’être les meilleures esclaves qui soient. On disait d’eux qu’ils pouvaient d’un souffle changer en or de la poussière tenue entre leurs mains ; qu’une dizaine d’entre eux suffisait pour bâtir en un mois des monuments majestueux. ; que tous les mets préparés par leurs soins pouvaient rivaliser avec nectar et ambroisie. Ces Hommes esclaves faisaient rêver jusqu’aux plus puissants Hommes.

Un jour, un marchant obtint d’un Homme esclave qu’il le vendisse à la seule condition que ce dernier choisissent son maître. Une foule toujours plus grande s’agglutinait à l’étalage du marchand tandis que la rumeur sur la vente d’un Homme esclave se répandait. Mais chaque jours qui passait ne voyait s’en retourner ni maître ni esclave.

Après plusieurs mois, qui avaient vu devant l’étale passer les plus riches marchands et les plus puissants empereurs tout autant que les plus modestes mendiants, et que les enchères avaient promis plus d’or que le marchand n’aurait rêver d’obtenir durant sa vie entière, l’esclave ne trouvait toujours pas maître à son goût. Le marchand pris d’impatience le pressa de choisir un maître. L’Homme esclave accepta sous la condition que le maître qu’il choisirait serait seul capable de répondre à une énigme de son cru.

Le lendemain, il avança sur l’estrade, qui le présentait chaque jour à la vue de tous, et après que le marchand eu expliqué à chacun la nouvelle condition de l’acquisition de son esclave, ce dernier commença son récit :

« Comment tuer un homme qui ne peut être tué ? Il est un être qui recevant un coups l’inflige à son bourreau sans qu’aucune marque de blessures n’apparaissent sur sa peau. Si on lui tire un flèche celle-ci sera reçu par l’archer à l’endroit même d’où il visait, subissant la douleur décuplée de moitié. A chaque coups d’épée, celui qui tiendra l’arme se verra infligé ses propres balafres plus profondes et sanglantes qu’elles ne lussent été sur la cible. Donnez-lui une gifle vos joues seront rougies. Donnez-lui un baiser, vos lèvres s’humecteront de votre propre douceur. Pour un coups de poignard vous recevrez la frappe d’une épée. Pour un coups d’épée ça sera par une lance que vous serez troué.

Comment tuer un tel homme ? Comment tuer un homme qui ne peut être tué ? »

A ces paroles un soldat avança et parla en ces mots :

«  Par ma foy! Si un épée, une lance et mille flèches ne peuvent le terrasser, alors c’est avec plus grand gabarit qu’il nous faut avancer. J’emploierais catapultes et canons au même instant chargé, offrant par mon sacrifice, la mort du damné ! »

« Un suicide bien vain s’il en est, guerrier ! Notre fieffé gredin en ressent à peine l’air. »

Un intriguant habile aux stratagèmes vils s’approcha claironnant :

« Si pour sa mort, je vous offrais malices qui ne me toucherait pas plus que ma mie. Utilisant tierce être entre lui et moi, et par poison mystère le foudroyé du doigt. N’aurais je qu’à ordonner qu’un serpent l’assaille, et notre homme en viendra à trembler du poitrail. »

« C’est bien fourbe pensée et maligne en effet, mais seul votre aspic né en souffrirait la charge. »

Un érudit penseur ayant bien écouté, s’avança de l’étal et le voilà lancé :

« Cet être malheureux sans mort et sans amour, le convaincre du tort qu’il s’inflige chaque jour serait pour ma part bien plus digne solution que de vouloir l’abattre comme un vulgaire fripon. Convainquez-le pour moi de sa misérable existence, il partira heureux prestement en cadence. »

« L’homme dont nous parlons ne peut souffrir la vie mais ne renoncerait pour rien à son grand prix. »

Un artisans enclin à la forge et au bois levant la main bien haut réclama son bon droit :

« Notre homme n’est foutre pas un bouclier magique et si à chaque coups qu’il reçoit, je me plis, alors c’est à moi même que je porterais coups, et tombera sans peine notre divin filou ! »

« Ingénieux mais risqué. Car c’est votre vie seule que vous emporterez. »

Ainsi passèrent les jours, les mois puis les années sans qu’aucun être sur Terre ne puisse deviner. Arriva la vieillesse et la morosité, l’esclave et le marchand compères fortunés, virent un peu plus chaque jours, la foule diminuer. Mais qu’importe la gente, pour vieillard fort à l’aise, depuis que le marchand vendait chaque tentative au prix de mil chaises. La maladie étant, emporta l’esclave et sur son lit de mort tous vinrent s’assoir.

On lui dit, et pour cause, que s’il devait mourir, par pitié, qu’il n’impose pas l’ignorance de l’énigme à chacun et aucun. On répéta les mots par tous appris depuis, comment tuer l’homme qui ne pouvait périr.

Le vieillard esclave libre grimaça un sourire et murmurant d’un souffle il dit :

« Pourquoi vouloir tuer un homme qui ne peut mourir? »

Laissant là la masse stupéfaite, il cracha sa vie entre une toux prospère et un dernier rire et s’en alla rejoindre entre deux esclaffades les anges du lendemain applaudissant l’esclave qui avait dupé toute l’Humanité.