Pamphlet humaniste

S’il est une idéologie qui semble ces derniers temps s’oublier c’est bien l’Humanité. On nous noie à toute heure sous des pensées et actes bien nourries d’argumentaires rationalisés ou de démonstrations émotives mais on ne prend jamais le parti de nous remémorer l’entité humaine même. Sans doute croyons nous qu’elle est acquise. Que Droits de l’Homme et papiers en tous genres la protègent assez et que les peuples éduqués savent mieux qu’autrefois penser l’humain. Pourtant j’ai eu beau faire, je la vois bien trop peu pour me convaincre que l’Humanité se préserve. Comme un objet sacré, elle émerge de tant en tant de discours religieux, et parfois avec un décortiquement scientifique on se l’explique clairement.  Mais la pensée de l’humain en tant qu’entité individuante est assez pauvre. Dans la conception même que l’on se fait du soi, elle n’est pas primordiale. Pour exemple, qu’on vous demande de vous présenter et il sera certainement question qui de votre genre, de votre rôle social ou de votre provenance culturelle. D’où vient que répondre « être humain » bloque autant les cerveaux ? J’ai personnellement eu le malheur d’être déshumanisée, c’est à dire d’être perçu par autrui comme autre chose qu’humaine et d’être confronté à l’obligation d’entrer dans une posture d’objet normée qui s’opposait à mon moi. Ce genre de déshumanisation est largement répandu et accepté. Souvent on s’y enchaine souvent par soi même, de part la cause qu’elle fait partie du seul référent culturel stable. Elle est cependant bien plus difficile à supporter lorsqu’elle s’accompagne d’une inscription physique. Mais pour définir la déshumanisation banale que nous répandons tous chaque jour en voici quelques traits caractéristiques. La déshumanisation n’accorde pas à autrui la nuance et la diversité humaine qu’il est par essence. Elle ne permet pas de se projeter dans un autre schéma de penser que celui auquel elle habitue. Elle n’offre aucune chance de réparation à celui qui n’est plus humain aux yeux d’autrui. Les niveaux de déshumanisation sont nombreux mais les segmenter en catégories c’est déjà admettre qu’il en ai de plus grave ampleur que d’autres et cela est faux. Pour autant, en décrirons nous quelques uns en gardant la réserve de leur mise en comparaison.
L’humain-objet c’est l’humain qui n’existe plus. Le regard d’autrui l’ignore ou le renie. Dans l’histoire humaine, il est le représentant « du plus petit des plus petits que soi ». Il est l’objet continuelle de maltraitances physiques et renoncements psychiques légitimés au nom de quelques dogmes sociétaux bien défendus.
L’humain-normé est de ceux qui, déshumanisé, y trouve parfois le plus de complaisance. Devenu norme social, il se cantonne à des rôles et convenances réglés et définis par autrui ou lui même. Il ne prête pas souvent attention à sa condition et la plupart du temps l’ignore tout bonnement.
L’humain-arraché est de ceux à que l’on a renier entièrement et ce dans la plus grande faculté d’arbitraire. La légitimation de leur déshumanisation est rarement nécessaire et à dire vrai peu s’en inquiètent. Pour cela il est le miroir flagrant de notre propre capacité double à déshumaniser et à être déshumaniser.

Car si la déshumanisation est irréversible et une lutte quotidienne pour qui n’existe plus dans le regard des autres, elle est surtout une aberration que l’on ne saurait justifier par des théories résignées telle que « la nature humaine » ou « la paix sociale ». Fondamentalement elle se situe au niveau de la morale et se base sur une équation simple. Si je renie l’humanité d’autrui, j’accepte que quiconque sur cette Terre puisse me renier à son tour. La préservation de son humanité se ferait donc dans la préservation de celle des autres. Or ce précepte ancien ne semble pas si évident lorsque l’on assiste à du bourrinage de crâne millénaire sous le prisme des cultures guerrières, des systèmes hiérarchisés et du pardon continuel de l’arbitraire. D’où vient que Gilgamesh, tyran entre tous autres, est un héros fondamentale de nos civilisations ? D’où vient que la construction de nos cultures se base sur la mise en échelle d’humanité par rapport à d’autres et de catégorisation, donc de cloisonnement, de celles-ci ? D’où vient qu’un être humain peut avoir une valeur et qu’on puisse définir que celle-ci en moins qu’une autre même non humaine ? « La vie humaine n’a pas de prix » devrait davantage être pensée comme « la vie humaine n’a pas de valeur » donc cessons de la travestir pour autre chose que ce qu’elle est : Humanité.

L’humanité ça n’est pas simplement une théorie, une philosophie ou même un ensemble d’action. C’est avant tout une perception de soi et de l’autre. Parce qu’on a renié votre humanité vous ne pourrez jamais plus être humains. Pour autant vous ne devez laisser à personne la possibilité de vous penser autrement et vous devez vous interdire d’imaginer autrui comme autre chose qu’humain. Et c’est une vigilance constance à adopter que celle qui rejette tout arbitraire, qui ne se nourrit que de nuance et ne privilégie que l’équivalence.